L’UE, une union de 27 pays représentant plus de 450 millions de personnes, se trouve à un tournant. Alors qu’elle a historiquement défendu les droits humains et les valeurs démocratiques, elle est aujourd’hui sur le point d’adopter une législation qui pourrait fondamentalement les compromettre l’un comme l’autre. Comment ? Le règlement Chat Control menace de devenir l’un des précédents les plus dangereux en matière de surveillance de masse dans l’histoire démocratique.
Et voici pourquoi cela concerne tout le monde, pas seulement les Européen·nes : quand l’UE bouge, parfois le monde suit. Ce phénomène, connu sous le nom d’« effet Bruxelles », a déjà influencé les standards mondiaux à travers des règlements comme le RGPD, qui a inspiré des lois sur la protection des données de la Californie au Japon en passant par le Brésil. Si Chat Control est adopté, il ne restera pas confiné à l’Europe. Il se propagera à l’échelle mondiale, normalisant la surveillance de masse comme une pratique standard.
Qu’est-ce que Chat Control ?
Chat Control imposerait à tous les fournisseurs de services de chat, de messagerie et d’e-mail de déployer une technologie de surveillance de masse permettant de scanner automatiquement chaque message, photo et fichier que vous envoyez, sans le moindre soupçon d’infraction, sans mandat, et même lorsque vos communications sont censées être protégées par un chiffrement de bout en bout.
Prenez un instant pour y réfléchir. Chaque conversation privée avec votre famille, chaque photo que vous partagez, chaque message intime, chaque discussion professionnelle, chaque opinion politique. Tout cela serait automatiquement scanné par des systèmes d’IA avant d’être chiffré et envoyé. Ce serait comme si l’État lisait vos lettres avant que vous ne scelliez l’enveloppe, soumettant les messages privés de chaque citoyen·ne de l’UE à un contrôle automatisé.
Qu’est-ce qui ne va pas avec Chat Control ?
Certaines personnes utilisent des couteaux pour en blesser d’autres, mais on n’interdit pas les couteaux pour autant, n’est-ce pas ? On cible les criminels, pas l’outil. Certaines personnes font un mauvais usage des voitures, mais on n’interdit pas la conduite, on fait appliquer le code de la route et on poursuit les conducteurs imprudents. Certaines personnes exploitent internet à des fins malveillantes, mais la solution n’est pas d’espionner les communications de tout le monde. La solution est toujours une enquête ciblée sur des suspects réels, sous contrôle judiciaire approprié.
De plus, Chat Control nuit aux enquêtes sur la maltraitance infantile en submergeant les enquêteurs de millions de signalements automatisés, dont la grande majorité sont (mathématiquement), dans la plupart des cas, sans pertinence pénale. Tous les citoyens sont placés sous suspicion, sans motif, d’avoir potentiellement commis un crime. Cette approche ne rend pas les enfants plus en sécurité, elle rend tout le monde moins en sécurité tout en submergeant les forces de l’ordre de faux positifs.
La vie privée n’est pas un privilège ! C’est un droit humain fondamental inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Convention européenne des droits de l’homme, et la Charte des droits fondamentaux de l’UE. L’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme énonce : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. » Les fondements mêmes de la démocratie dépendent de la capacité à communiquer en privé. Les journalistes ont besoin de protéger leurs sources, les militant·es ont besoin de s’organiser en sécurité, les citoyens ont besoin d’exprimer leur dissidence sans crainte, et chacun·e mérite des conversations intimes sans surveillance étatique.
Que pouvons-nous faire ?
C’est une campagne, et les campagnes se gagnent par l’action collective et la solidarité. Si vous êtes citoyen·ne de l’UE, votre voix compte plus que jamais en ce moment. Visitez fightchatcontrol.eu dès aujourd’hui ! Le site permet de contacter facilement vos représentant·es de l’UE en quelques clics. Il vous permet de choisir des messages pré-rédigés ou de rédiger le vôtre, en ciblant les responsables politiques qui voteront sur cette législation dès le 14 octobre 2025. Mais ce combat ne se limite pas aux Européen·nes. Tout le monde, partout dans le monde, peut montrer sa solidarité en :
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Utilisant #chatcontrol sur Mastodon et d’autres réseaux sociaux ;
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Partageant des informations sur la campagne auprès de leurs ami·es, familles et communautés en ligne ;
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Soutenant les organisations et plateformes axées sur la vie privée qui résistent à la surveillance de masse ;
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Parlant aux décideurs de leur propre gouvernement et en s’opposant à des mesures similaires si Chat Control venait à se propager en dehors de l’UE.
L’enjeu ne pourrait pas être plus important
Les prochaines dates clés sont le 12 septembre 2025 (finalisation de la position du Conseil) et le 14 octobre 2025 (premier vote possible du Conseil). C’est maintenant le moment critique pour l’engagement du public et des parties prenantes, afin de protéger à la fois les enfants et une infrastructure numérique sécurisée.
Tout comme Rome, l’appareil de surveillance ne se construit pas en un jour. Il se construit un compromis « raisonnable » après l’autre, une exception « nécessaire » après l’autre, jusqu’à ce que, soudainement, on se réveille dans un monde où la vie privée n’est plus qu’un lointain souvenir. Chat Control représente exactement le genre de compromis que nous ne pouvons pas nous permettre de faire.